REVUE
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04/04/11
Devant l'enthousiasme de mes amis du label Daruma, au mois d’octobre 2009, je commence à enregistrer certaines chansons que j’ai l’habitude de jouer sur scène, l’idée de départ étant de faire un live en studio ; après 2 ou 3 jours d’essais, je ne suis pas du tout emballée par le résultat. L’énergie de la scène n’est pas là, et je trouve tout ça mou du genou et à l’exact opposé de ce que j’ai envie de faire.... Je bassine donc Jean- Christophe afin de trouver de nouveaux arrangements sur ces chansons jouées déjà sur scène. Seules « Peggy Sue » restera sans retouche, brute, enregistrée en une prise, voix et guitare ensembles branchées dans un ampli, et
« River Of No Return » la chanson de Marylin Monroe qu’on aime chanter à 2 voix, toute simple, pas besoin d’en rajouter.
Pour les autres, on empile des couches de choeurs, de Mellotron et de Fender Rhodes, Jean-Christophe se met à la batterie en rêvant à Stevie Wonder, branche une pédale wah-wha pour «Tout c’qui nous sépare», le travail devient fluide, chaque jour apporte ses idées, ses essais, et l’album commence à sonner comme ces disques faits à l’ancienne qu’on aime tant... On ne se refait pas.
Mais tout de même... Ces chansons pour moi ne sont pas nouvelles, et j’aimerais me lancer dans un inédit.... Une nouvelle reprise.... En français...Oui mais quoi !
Lors d’un déjeuner, tout le monde parle des chansons aimées pendant l’enfance, ces chansons qu’on aime sans trop savoir pourquoi, pour une phrase, une mélodie, un climat... Je finis par avouer en rougissant que « Mon vieux » m’a souvent donnée les larmes aux yeux, je dis ça en me sentant un peu godiche, parce que cette chanson dégouline tellement de pathos, et représente tellement une certaine variété des années 70 ... Mais après les quelques moqueries d’usage, mes amis me disent : « Pourquoi tu ne la reprends pas ? Elle a un sens pour toi, fait ta version ! » Gloups. J'aurais mieux fait de me taire. Mais le challenge est lancé...
Dès rentrés au studio, Jean-Christophe commence à trouver la grille d’accords, je relève les paroles et décide d’enlever un couplet
« politique » qui m’emmerde pour ne garder que le souvenir du père, l’image d’un homme qui ressemble un peu au mien, dans sa solitude et dans sa vie de travail difficile. Je découvre également que « Mon vieux » est une chanson de Jean Ferrat, et mon père adore Jean Ferrat....La boucle petit à petit se boucle...
On trouve un son un peu sixties, cette guitare à la corde de mi grave désaccordée qui m’évoque le climat de «Twin Peaks », lent, douloureux ; je commence à chanter le plus sobrement possible puisque l’idée est de canaliser le pathos naturel du morceau. Un vieux monsieur qui habite la maison au fond du jardin du studio passe nous faire un coucou et entend notre « Mon vieux », et tout doucement, se met à pleurer... Un ami qui nous rejoint dans l’après midi laisse aussi ses larmes couler sur cette chanson. Décidément, on donne malgré nous dans le lacrymal ! Elle est difficile quand même cette chanson à réinventer. On marche sur des oeufs. Tout semble casse-gueule, il faut vraiment rechercher l’épuration, sinon on retombe dans les grosses ficelles. Au bout de 2 jours, il nous semble que l’arrangement et l’interprétation fonctionnent naturellement, bref, on est content. On va dîner le soir à la pizzeria du coin, et vers minuit trente, je reçois un coup de fil porteur d’une bien mauvaise nouvelle : mes parents ont eu un grave accident de voiture, ils sont à l’hôpital.
Pour moi, en quelques secondes, tout est bousculé, chamboulé. ce projet n’est plus une priorité, il a reculé dans ma vie.
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Puis, alors que les choses se sont remises en ordre avec le temps, Phil Pace me téléphone un jour de décembre 2010 pour me dire que quand même, c’est dommage que ces reprises ne voient pas le jour ; que c’est bête de garder dans le ventre de son ordinateur ce travail qui est bien abouti ... Et je suis d’accord avec lui... Ayant fini la construction de notre studio, je suis de nouveau disponible pour finaliser le projet. Je réécoute les versions, on remixe au Map «Tout c’qui nous sépare» et « A la fenêtre», et nous décidons qu’une sortie digitale serait parfaite pour faire vivre ce disque...
Le voici enfin, et le 3 mai, il sera disponible sur toutes les plateformes de téléchargements. J’espère que vous l’aimerez, et qu’il saura vous faire patienter en attendant le nouveau disque original sur lequel nous travaillons Jean-Christophe et moi, et que nous aimons déjà énormément....
L’HISTOIRE